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Zinder (Niger), avril


Niger, Zinder, © L. Gigout, 1991
Ville de Zinder (Niger), mur de "potopo", nom local du pisé.

Niger, Zinder, © L. Gigout, 1991
Jeunes haoussa de Zinder,


Niger, Zinder, © L. Gigout, 1991
Greniers à mil.

Niger, Zinder, © L. Gigout, 1991

Niger, Zinder, © L. Gigout, 1991

Niger, Zinder, © L. Gigout, 1991


Un jeune garçon rencontré au bar Sahel s’est arrangé pour me procurer une mobylette. Lui me précédant avec la sienne, nous allons visiter un village des environs. Maisons en terre jaune aux ouvertures minuscules regroupées et protégées par une palissade de paille ou un mur de briques crues. Parfois, à proximité d’elles et aussi grandes qu’elles, se trouvent des sortes de meules rondes coiffées d’un chapeau conique terminé par une petite pointe rigolote. Il s’agit de greniers à mil, grosses bonbonnes végétales de paille cerclées de lianes. Les hommes se sont regroupés pour la prière alors que les femmes travaillent à piler le mil. L’une d’elles, voyant que je la regarde faire, en rajoute. Elle lance le pilon à la verticale avec vigueur, tape une fois dans ses mains quand le pilon est en l’air, reprend celui-ci quand il retombe pour l’accompagner dans le mortier. Les jeunes femmes assisses à côté d’elle chantent et battent des mains en rythme.


Niger, Zinder, © L. Gigout, 1991
Dans un village à proximité de Zinder.

Niger, Zinder, © L. Gigout, 1991

Niger, Zinder, © L. Gigout, 1991


La 504 emprunte des rues poussiéreuses martelées par le soleil, remonte une longue artère bordée d’un mur, puis s’arrête à la hauteur d’un portail dont les vantaux métalliques sont fermés. Le chauffeur me fait signe de le suivre. Actionné de l’intérieur, le portail s’ouvre et nous pénétrons dans la cour d’une grande bâtisse. Sur une terrasse abritée sont allongés une dizaine de pensionnaires valétudinaires. Je dois attendre là le retour du véhicule. Je m’installe sur une natte, enfermé en compagnie des pensionnaires, dans cet établissement bizarre aux allures de prison où personne ne semble s’étonner de ma présence. Une heure plus tard, la voiture revient avec ses passagers. Enfin, nous partons. À la sortie de la ville, contrôle de police.
– Vous n’avez pas fait inscrire votre passage à Zinder !
– Inscrire mon passage ? Où ça ?
– Sur le passeport ?
– Mais j’ai fait tamponner mon visa à la frontière.
– Vous devez faire enregistrer votre passage dans toutes les villes où vous vous rendez. C’est le règlement. Vous devez maintenant retourner à la Police.
– Ah non ! J’ai payé mon voyage avec le chauffeur du taxi et je suis avec tous ces gens qui attendent.
– C’est le règlement.
– Le règlement... Vous avez raison, mais le règlement est une chose et son interprétation en est une autre.
Silence de ces messieurs dubitatifs.
– Bon. Qu’est-ce qu’on fait ? On va quand même pas embêter tout le monde à cause d’un détail. Il n’y a qu’à laisser comme ça. J’irai me faire tamponner à Agadez.
– Bon, ça va. Mais vous devez payer une amende.
– Et bien voilà ! Il fallait le dire tout de suite ! Combien vous voulez ?
– Quatre cents francs.
J’ai envie de refuser pour le principe, mais les autres passagers sont là, qui attendent sous le soleil. Je leur tends quatre cents francs CFA.
– Quatre cents francs français, précisent les policiers.
– Alors là, non. Il est complètement exclu que je paye une telle somme !
Embarrassés, ils font des calculs à haute voix de conversion entre francs CFA et francs français.
– Bon, ça va. Vous pouvez passer. De toute façon, c’est le chauffeur qui va payer.
– Pourquoi le chauffeur ? Je ne veux pas que le chauffeur paye une amende à cause de moi !
– Ça ne vous regarde pas. Allez dans la voiture. Voilà votre passeport. Au revoir, monsieur.
Je rejoins les autres alors que le chauffeur est convoqué à son tour. Une minute après, il revient. Quand je lui demande ce qu’il s’est passé, il prend un air gêné et refuse de me répondre.